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 La Mémoire du FSAS 2003
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 > La mémoire du FSAS 2004


MILITER AUJOURD'HUI
Témoignage de Jean-Marie SCHMITT, président de la délégation des Alpes du Secours Catholique (Intervention lors de la séance plénière du 25 septembre 2004).



« Un soir de juillet 95. J’étais parti à pied du Puy en Velay. Je me dirigeais vers Notre-Dame du Laus. Je suis reçu à Veynes par Marius. Certains d’entre vous ont deviné qu’il s’agissait du Père Marius CHEVALLIER, curé de la paroisse jusqu’à la semaine dernière. Accueil chaleureux, faut-il le dire ? Je décline son invitation à passer la nuit sous son toit. J’installe mon bivouac sur le parvis de l’église. Pourquoi ? Parce que j’aime l’aventure.

Si, ce soir-là, quelqu’un m’avait dit que 9 ans plus tard, je serais invité, ici, à Veynes, à témoigner au FSA du sens de mon engagement au Secours Catholique, je me serais interrogé et je lui aurais conseillé de poursuivre son chemin.

Et pourtant, c’est bien une autre aventure que je vis depuis un an, une aventure grande et belle dont je vais tenter de vous faire partager le sens.

Jeune professeur, je n’ai jamais pu imaginer que mon métier puisse se limiter à une transmission du savoir, mais qu’il impliquait un accompagnement global de mes élèves.

Accompagnement, un mot souvent prononcé au Secours Catholique !

J’ai fait toute ma carrière en Moselle industrielle. J’ai pu mesurer les ravages de la crise de la sidérurgie et les effets dévastateurs sur les familles et leurs enfants. Un grand nombre de jeunes n’avaient comme perspective d’avenir que le spectre du chômage. J’utilisais mes relations dans le monde de l’artisanat et des PME pour les aider à s’insérer dans la vie professionnelle.

Nous avons pris notre retraite dans les Hautes-Alpes. Mon épouse, déjà bénévole au Secours Catholique de Moselle, crée à Briançon, il y a 6 ans, une antenne d’écoute, d’accompagnement et d’aide. On lui avait pourtant dit : « A Briançon, pas de problème de pauvreté ! ».

Bilan 2003 : 103 personnes accueillies, 403 visites, un montant en aides doublé par rapport à 2002.

Bilan du 1er semestre 2004 : l’équivalent de tout l’exercice 2003.

Alors qu’il n’y avait, avait-on dit, pas de problème de pauvreté.

Il y a 6 ans, je collais des affiches, je vendais des bougies, mais ces bougies, je ne les vendais pas seulement sur le parvis des églises. Je les vendais sur les marchés, sur les parkings des grandes surfaces, chez les restaurateurs. (C’est sympa, des bougies de Noël du Secours Catholique sur les tables de réveillon). Je disais que j’étais au Secours Catholique pour faire plaisir à mon épouse. En fait, son activité me donnait du Secours Catholique l’image d’une « Charité pour demain » à l’encontre de l’image passéiste que je m’en faisais.

A la même époque, je découvre à Lourdes la Cité Saint-Pierre qui accueille chaque année 20 000 pèlerins, ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir l’hôtel : 15 hectares de verdure, de fraîcheur, de beauté. Je découvre l’ambiance entre les pèlerins et les bénévoles de tous les continents : c’est le choc de la rencontre, c’est le déclic.

J’offre mes services au Secours Catholique de GAP et j’organise le 1er voyage de l’Espérance à Lourdes. Nous en sommes au 5ème. Les voyages de l’Espérance : un havre dans la tempête de la vie.

La Délégation du Secours Catholique me demande de monter une association d’insertion à l’Argentière. Je crée « Rond Point » : 1 CDI et 6 emplois en CEC. Dès que j’ai la certitude qu’elle est pérenne, que la routine s’installe, que pour moi l’aventure est terminée, je ne sollicite plus le renouvellement de mon mandat. Le Secours Catholique l’a mise sur rail. Il s’en désengage. Elle fonctionne toujours parfaitement.

Je passe 18 mois sabbatiques. Vous me croirez, je l’espère, si je vous dis que je ne me suis pas ennuyé.

Les évêques de Digne et de Gap m’appellent à la Présidence de la Délégation des Alpes du Secours Catholique. Je réfléchis pendant 2 mois. Je donne ma réponse depuis la Cité Saint-Pierre de Lourdes. J’ai un entretien avec Joël THORAVAL, le Président National, par ailleurs Président de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme. Je suis nommé pour 3 ans par le Conseil d’Administration. 3 jours après, je suis au FSA de Château-Arnoux.

J’ai bien conscience que vous ne m’avez pas invité à venir raconter ma vie. Je pense toutefois que de ce que je viens de vous dire -en tout cas, c’est pour cela que je l’ai dit- il est possible de tirer quelques enseignements. D’abord sur une certaine progression : d’abord l’opérationnel, ensuite le tactique, enfin le stratégique que l’on pourrait peut être mettre en parallèle avec bénévolat, engagement, militantisme, quoique au Secours Catholique nous n’employions que le mot bénévole.

L’essentiel n’est pas dans les mots. L’essentiel est, ce à quoi je crois, ce à quoi nous croyons. Je crois, nous croyons à la possibilité de transformation de la société pour donner ou rendre à l’homme, à tout homme, toute sa dignité. Oui, je crois, comme vous tous ici, qu’un autre monde est possible. Je crois à cette formule de Mgr RODHAIN, le fondateur du Secours Catholique « La Charité d’aujourd’hui, c’est la justice de demain ».

J’adhère aux statuts du Secours Catholique dont l’article 1er stipule : le Secours Catholique a pour objet le rayonnement de la charité chrétienne et, à cet effet, d’apporter, partout où le besoin s’en fera sentir, à l’exclusion de tout particularisme national ou confessionnel, tout secours et toute aide, directe ou indirecte, morale ou matérielle, quelles que soient les opinions philosophiques ou religieuses des bénéficiaires.

Je crois à nos 3 Axes proclamés en 1996, au grand rassemblement de Bercy : donner la parole aux pauvres, transformer la société, rendre Dieu présent dans la vie des hommes
en référence à la Bible, à la pensée et à l’action des chrétiens sociaux du 19ème siècle, clercs ou laïcs et aux Encycliques de Jean-Paul II.

Les bases de référence peuvent diverger, et il est bon qu’elles divergent, mais la foi en l’homme, la capacité à donner et à partager sont dans la nature de l’homme. Qui, parmi nous, peut ne pas souhaiter transformer la société ?

Est-il admissible que 84 % des familles que rencontrent nos équipes sur le plan national vivent avec
moins de 552 Euros par mois ?

Est-il admissible que la moitié des familles monoparentales que rencontrent nos équipes ne vivent que de transferts sociaux ?

Est-il admissible que 8 % vivent sans aucune ressource ?

Est-il admissible que 63 % des ménages accueillis fassent état d’impayés, 37 % à cause du manque de logements sociaux, beaucoup à cause des pièges séducteurs et de l’immoralité de certains organismes de crédit ?

Est-il admissible que l’illettrisme touche 19 % des familles que nous accueillons ?

Est-il admissible que les vacances restent un droit sélectif ?

Et je me limite à la problématique de la famille.

Je me suis engagé pour que le réseau de nos 500 bénévoles des Alpes du Sud se mobilise encore davantage qu’il ne le fait pour aider les errants, les endettés, les illettrés, les expulsés, les drogués, les isolés. Ceux que l’on appelle les sans-logis, les sans-emploi, les sans papiers, tous les laissés pour compte, sans oublier ceux qui, sans être totalement exclus, sont en marge, en difficulté, en situation de grande pauvreté ou tout simplement en panne parce qu’ils ne trouvent plus de sens à leur vie. La pauvreté nous conduit trop souvent à faire un constat terrifiant, traduction d’une spirale de mort. La pauvreté n’est pas statique, mais rampante et insidieuse. Elle s’enracine dans le développement des injustices et des inégalités : violation des droits de l’homme au fils des guerres et des dictatures, inégalités des revenus du travail et des revenus sociaux, des conditions de logement,  des soins, des niveaux d’enseignement, des possibilités de loisirs et de culture, inégalité devant la mort, inégalité devant le fléau social du chômage.

La somme de ces injustices et inégalités conduit trop de gens à la grande pauvreté et à l’exclusion. L’exclusion est radicale, défaut d’avoir (revenus, logement, santé) défaut de pouvoir (méconnaissance des droits) défaut de savoir (enseignement, culture, réseau social).

Les racines des inégalités et des injustices ne sont pas uniquement politiques, économiques et sociales : elles sont aussi psychologiques, morales et spirituelles : idolâtrie de l’argent, abus de pouvoir, idéologie de classe sociale.

Je me suis engagé au Secours Catholique parce que je partage l’avis d’Alban SARTON, délégué général des Semaines Sociales qui se déroulent en ce moment à Lille : le christianisme n’a de sens que parce qu’il est social.

Je me suis engagé pour mettre en œuvre le « Vivre ensemble ».

Dimanche dernier nous avons réuni 260 acteurs du Secours Catholique à Notre-Dame du Laus puis à la Montagne aux Marmottes. Les acteurs du Secours Catholique, ce sont les bénévoles, les salariés, les donateurs, mais les premiers acteurs, ce sont les personnes qui fréquentent nos accueils.

Et là, dans ce « Vivre ensemble », comme le dit Bertrand DELANOE dans son livre « la vie, passionnément » sorti la semaine dernière « je ne cesse de m’émerveiller de ce que je reçois et je ne suis jamais totalement satisfait de ce que je donne ».

Je vais donc non seulement continuer à parler –pas ce soir, rassurez-vous mais surtout à agir, à agir à ma modeste échelle en donnant ce que je peux, à commencer par mon temps,

Agir, car, comme le disait Jean RODHAIN, notre fondateur :

L’Evangile, c’est 50 % de paroles et 50 % d’actions.

C’est d’action dont les pauvres ont besoin.

Je vous remercie ».

  • Jean-Marie Schmitt
    Président de la délégation des Alpes du Secours Catholique







 

 
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