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ATELIER "EDUCATION"
Document Sud Education 04


> Bilan et analyse des luttes des enseignants au printemps 2003
Un texte de Jean-Michel Ronda pour Sud Education 04


" LES TEMPS FORTS… "

Joli mois de mai…

La grève du printemps dans l'Education Nationale s'est achevée sur un échec du point de vue de nos revendications… Ceux des syndicats qui ont négocié notre reddition contre des rogatons n'ont convaincu personne ! Les COPSY resteront bien dans l'E.N. (pour combien de temps ?) mais les TOSS, eux, seront bien territorialisés (plus de 90.000persones !). Quant à la retraite, nous passons tous à quarante ans de cotisations dans un premier temps (2008) puis nous allons vers les quarante deux ans (2020) avec une décote/punition de cinq pour cent par annuité manquante… Perte sèche donc et honte sur les syndicats qui ont signé de tels accords ! !

Pourtant il est des victoires que personne ne nous enlèvera :

  • Les grévistes ont pris conscience des enjeux que signifiaient de telles réformes : le démantèlement du Service Public de l'E.N. camouflé sous le prétexte de la décentralisation et la captation d'une partie de nos salaires vers les fonds de pension pour les retraites ! Nous avons tous pris conscience également des enjeux internationaux révélés par les textes de l'O.C.D.E, de L'A.G.C.S et d'autres, qui montrent avec un froid cynisme que pour tous les " grands décideurs " l'école est un marché et les élèves des clients plus ou moins solvables selon la catégorie sociale dont ils sont issus… (Mais nous ne reviendrons pas ici sur des analyses que nous avons tous fait et divulguées…)
  • Tout un réseau de relations s'est tissé durant le mouvement : des amitiés sont nées ou se sont renforcées, des solidarités sont apparues, des contacts multiples avec d'autres collectifs en lutte et un volonté de se battre contre un système qui broie tout ce qui s'y oppose. Sans parler du simple et fabuleux plaisir de palabrer, de se rencontrer et finalement d'essayer de prendre en main collectivement nos vies, de faire de la " politique " au sens le plus noble du terme…
  • Nombre de grévistes de l'E.N. se joignent cet été à d'autres collectifs comme les intermittents du spectacle ou se solidarisent de la Confédération Paysanne en proie à la répression anti-syndicale…

Des actions sont menées durant l'été pour maintenir la pression et pour beaucoup la volonté de reprendre la lutte à la rentrée est réelle… Pour tout le monde la question de la poursuite du mouvement se pose…

Il est donc temps durant ces grandes chaleurs de faire également le bilan et d'affûter nos armes…

Les armes de la critique / la critique des armes.


Le mur contre lequel s'est affronté notre mouvement c'est avant tout la difficulté à généraliser la grève. Pourtant des efforts ont été fait en ce sens (visites d'entreprises du secteur public et privé, discussions avec la population et particulièrement avec les parents d'élèves…). Nous avons rencontré plus de sympathies que de colère contre notre mouvement mais force est de constater que l'indifférence, la suspicion de corporatisme et la formidable machine médiatique ont eu raison de ces efforts ! Les regards se sont alors vite tournés vers les " grands syndicats " considérés comme seuls à même d'appeler à cette grève générale illimitée que nous espérions… Ce mot d'ordre n'est jamais venu et s'est transformé en un appel à la grève reconductible !

Le poids des mots…

Dans l'esprit de beaucoup d'entre nous l'expression " grève reconductible " est devenue comme une sorte de synonyme de " grève générale " ! Il n'en était pourtant rien ! Le suffixe " -ible " emprunté au paradigme de " pos-sible " n'exprime que la réalité d'un appel à éventuellement décider de la poursuite de la grève jour après jour et donc de la remettre en cause… C'est la grève que l'on continuera peut-être demain… En écho revenait l'appel syndical à se manifester durant " les temps forts "… Pendant ce temps certains étaient en grève… d'autres " reconduisaient "… ou pas !

Je laisse à l'appréciation de chacun la réponse à cette question : Les " grands syndicats " institutionnels ont-ils jamais voulu cette grève générale ? N'ont-ils pas toute leur place à l'intérieur du système que nous combattons ? Ne sont-ils pas les interlocuteurs patentés, reconnus par le pouvoir comme tels ? Comme nous l'avons entendu à Marseille dans la bouche de M.Thibault : " Seuls les grands syndicats sont légitimes ! "… Cependant il n'était pas inutile
de leur demander de se prononcer car cela a pu éclaircir le panorama pour beaucoup d'entre nous…

Assemblées générales, Coordinations et Syndicats.


Les coordinations ne représentent pas un phénomène nouveau, elles naissent de la carence des syndicats. Ceux-ci, qui ne représentent qu'une très faible proportion des travailleurs (plus ou moins dix pour cent de l'ensemble, tous syndicats confondus), sont pour la plupart englués dans des stratégies d'appareils qui échappent largement à leurs propres syndiqués !

De plus, leurs rôles d'interlocuteurs " officiels " (cinq confédérations sont même considérées comme " a priori " représentatives), parfaitement intégré au système, les amène à négocier ce qui est négociable… pour le pouvoir et rien d'autre ! Ils ne sont d'ailleurs reconnus que pour ce service et pour celui de canaliser, d'encadrer les luttes. Véritables gardes-chiourmes du pouvoir ils ont bien du mal à masquer la sordide réalité de leur fonction !

C'est pourquoi les travailleurs sont amenés à mener leurs combats sans compter sur eux, sans les attendre, soit en se structurant d'une façon autonome lors de leurs combats (A.G / coordinations), soit en créant de nouveaux syndicats (encore très minoritaires) qui refusent le consensus et mettent en pratique une structuration basée sur la démocratie directe (tout le pouvoir aux assemblées de syndiqués et refus de permanents, tel Sud éducation.) qui permettent de continuer à se battre collectivement même en dehors des périodes de grèves.

Qu'est-ce qu'une Coordination ?


Une coordination n'est autre chose que le lien structuré d'un mouvement basé sur des Assemblées Générales des personnels en lutte.

Mais là encore une confusion a pu s'installer parmi nous : le terme d'Assemblée est lui même rapidement devenu synonyme de coordination (ou l'inverse !).

Une assemblée peut se dérouler soit sur un lieu de travail et donc réunir des " collègues " dans leurs établissements respectifs, soit se dérouler localement et regrouper des gens de différents établissements.

Dans les deux cas de figure elle est le lieu du débat et de la prise de décision collective. Le choix de l'une à l'autre se fait souvent parce que des grévistes peuvent se trouver très minoritaires au sein de leurs établissements et ont besoin de se joindre à un collectif plus large : c'est l'Assemblée des grévistes d'une zone géographique définie par la proximité…

Cette proximité est essentielle pour que vive la démocratie directe : les gens se connaissent ou sont amenés à se connaître rapidement, le nombre de participants étant relativement limité cela permet à chacun de s'exprimer…

En effet, lors d'A.G. regroupant un nombre plus important de personnes (A.G départementales) beaucoup n'ont a pas le temps d'exprimer totalement leur point de vue, voire de s'exprimer tout simplement ! Le temps de parole devient alors facilement enjeu de pouvoir…

Pour éviter cet écueil et considérant que nous avons quand même besoin de prendre des décisions à une échelle plus grande que ce que nous permet le regroupement local ou d'établissements, nous créons alors une COORDINATION, ceci afin de coordonner différentes Assemblées…

Mais, si cette coordination est elle même une assemblée, celle-ci est d'une autre nature : elle n'est plus le lieu du débat et de la décision de tous les grévistes, elle ne représente que l'outil qui va synchroniser leurs actions voire synthétiser leurs points de vue, c'est en quelque sorte leur organe " exécutif ".

Tous les grévistes ne pouvant s'y rendre : ils doivent donc y envoyer des délégués mandatés pour les représenter : la coordination est donc une assemblée de délégués. On se rend mieux compte de ce fonctionnement si l'on décide de participer à des actions et de prendre des décision régionalement et a fortiori à l'échelle nationale, ce que nous avons été incapables de faire à partir de notre département…

Cette structuration a été proposée à plusieurs reprises par des membres de Sud éducation mais n'a pas été retenue. L'argument opposé était que ce serait une " usine à gaz " beaucoup trop lourde à mettre en place… Ce à quoi nous pouvons répondre que la démocratie est certes complexe mais que tel est le prix de son existence… (La dictature étant elle une solution beaucoup plus facile si on va par là…)

Ce problème est apparu non seulement dans notre département mais également dans la Coordination Nationale. Là, comme chez nous, se réunissaient des personnes qui pour beaucoup n'avaient aucun mandat et donc ne représentaient qu'eux mêmes. Certains défendaient résolument ce fonctionnement (notamment les militants trotskistes de L.O à Paris ou des militants très localistes chez nous…) Les présent votent en leur nom et la décision prise alors est considérée comme légitime… et c'était la voie de la facilité ! Mais cela entraîne deux sortes de problèmes : D'abord que tous ceux qui ne sont pas sur place n'étant pas représentés, sont laissés pour compte et donc ne peuvent se sentir partie prenante des décisions qui émergent : la démocratie même du mouvement est alors en danger ! D'autre part c'est la porte grande ouverte à toutes sortes de manipulations : un groupe politique ou syndical peut venir en nombre lors d'une A.G. et faire basculer facilement la décision à sa guise… ou du moins se servir de la coordination comme d'une tribune de plus…

Dans notre département nous n'avons pas subi de telles entreprises de noyautage si ce n'est que la présence permanente de " ténors " syndicaux a souvent créé de fortes tensions… Nous ne nous opposons bien entendu pas à ce que des syndicalistes soient présents dans des telles assemblées (étant nous mêmes syndicalistes) ils y ont tout leur place comme n'importe quels grévistes et c'est là que justement le bas blesse… En effet, des représentants de syndicats (parfois même " permanents ") viennent aux A.G en tant que représentants de leurs syndicats ! Cela déséquilibre considérablement la nécessaire répartition démocratique de la parole : le gréviste de base non syndiqué est fortement désavantagé par rapport à celui qui vient en " représentant de la plus grosse fédération de France ", par exemple ! De plus ceux-là sont porteurs de stratégies et de politiques extérieures au mouvement qui, lui, est justement en train de se construire une " politique et une stratégie… ".

Sud éducation a une position par rapport aux AG qui semble ne pas être comprise de la part des grands appareils syndicaux :

Nous sommes convaincus que le combat est l'affaire de chacun d'entre nous et que du degré d'autonomie des grévistes dépend en grande partie la " qualité du mouvement " et donc ses chances de réussite. Il faut cesser de s'en remettre aux " spécialistes " pour gérer nos luttes. Chacun doit participer comme il l'entend et ensemble nous devons créer nos propres outils. La démocratie directe est une condition nécessaire pour cela. C'est pourquoi nous appelons toujours à la réunion d'A.G et à des coordinations autonomes par rapport aux syndicats. Même à notre syndicat ! Non pas que nous n'aurions pas confiance en nous mêmes, mais parce que nous n'avons justement d'autre but que l'autogestion des luttes et à plus long terme de la société…

Quand le mouvement de grève se met en marche et que les grévistes créent leur propre organisation, nous sommes alors des grévistes comme les autres et nos intérêts ne sont pas distincts. Cela ne nous empêche pas d'avoir un point de vue propre en tant que membre de notre syndicat (point de vue que nous développons en permanence tout au long de l'année) ni même de le faire connaître, mais nous n'avons pas à faire jouer notre " poids " syndical dans la grève. Nous nous battons pour des A.G démocratiques et quand elles sont là, eh bien ! Nous sommes satisfaits ! Notre rôle syndical devient alors forcément plus modeste car, de fait, car nous sommes des grévistes autonomes parmi d'autres…

Mais nous savons également que demain, quand cette grève (hélas !) s'éteindra, nous serons toujours là et que notre syndicat retrouvera alors toute son utilité. En Bref, nous pensons qu'un syndicat est un organe de lutte par défaut et nous l'assumons car quand la dynamique générale fait elle même défaut, nous avons alors besoin de nous regrouper pour réaliser un travail plus laborieux mais dont l'objectif reste de mettre à la disposition des collègues des outils de résistance et d'attaques afin d'être mieux préparés pour les prochaines offensives contre un système social abject.

Ne luttant pas pour obtenir une quelconque reconnaissance parmi les grévistes nous sommes souvent aux prises avec les syndicats institutionnels. Ceux-ci, en effet nous accusent de vouloir subrepticement prendre le pouvoir dans les A.G… Nous ne pouvons empêcher ces gens-là de projeter sur nous leurs propres fantasmes et cela nous importe peu car finalement chacun reconnaîtra les siens…

Ces mises au point devraient nous l'espérons permettre d'envisager le prochaines échéances de notre combat d'une façon plus cohérente :

La nécessité de dépasser le cadre de notre département se fera sentir, n'en doutons pas, si la dynamique de notre lutte perdure. Nous ne saurons donc éviter les problèmes de structuration évoqués plus haut.

Cette force que nous pourrions alors acquérir, seule aurait des chances de faire basculer les autres secteurs vers la généralisation de la grève.

Et même (et surtout) si nous envisageons d'autre moyens que la grève nous aurons besoin d'être de plus en plus nombreux, de nous serrer les coudes…

Voilà, rien n'est joué !
(à suivre…)

Pour Sud éducation de Haute Provence
Jean-Michel RONDA



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