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Forum Social des Alpes du
Sud - Atelier " Education "
Samedi 20 septembre 2003
Texte de Patrice Canavagio, publié dans la lettre d'information
de la FSU 04
Les réunions préparatoires
du 21 août et du 9 septembre avaient proposé de
structurer cet atelier autour de 3 thèmes :
- Exclusion et inégalités
- Marchandisation de l'école
- Qui va décider de ce
que sera l'école ?
Le nombre important de participants,
plus de 70, la forte demande de parole, la diversité des
publics ont fait qu'il n'a pas été possible de
respecter ces thèmes de façon linéaire ;
le 3° thème a juste été effleuré
et l'impasse a été faite sur un certain nombre
de sujets. Il est à noter que ce type de débat
n'avait pas eu lieu jusqu'à présent. On peut espérer
qu'il est en train de se structurer et qu'il permettra à
terme la mise en commun de perspectives.
Il n'est pas possible d'établir
une synthèse des débats ou d'en tirer des conclusions,
d'ailleurs, ce n'est pas le rôle d'un forum social ( qui
a essentiellement un rôle de rencontre entre des citoyens,
des syndicats, des partis, des associations ) . Vous trouverez
ici un certain nombre de points qui ont été soulevés
au cours du débat.
Beaucoup d'affectif et l'expression, plusieurs fois renouvelée d'une
souffrance vis à vis de l'école, aussi bien de
la part d'enseignants que de parents que d'anciens élèves.
Ecole grand laminoir qui humilie les enfants ; manque de créativité
; les pédagogies inventives partent du public vers le
privé. Distorsion entre l'attente de la société
et ce que l'individu est capable de faire. Il faut comprendre
les conditions de vie des élèves.
L'école, c'est l'école
de l'état. Elle
n'est pas neutre dans la société où elle
joue un rôle de reproduction sociale. Ne pas confondre
l'école, institution, et ce qui se passe dans l'école.
L'école n'est pas satisfaisante et ce que l'état
dit de l'école non plus; mouvement de révolte du
printemps dernier; lutte pour un projet de société.
L'école n'est pas que
négative. Il existe
des enseignants qui prennent des risques, il existe des enseignants
différents. L'école est un lieu particulier avec
souvent de bonnes relations entre enfants et enseignants. Il
faut une réflexion sur le statut de l'erreur dans les
apprentissages.
On a une école de masse
et des difficultés à gérer l'hétérogénéité
des publics avec la tendance au nombrilisme, à l'individualisme
de la société. Contradiction avec le souci d'égalité
des chances et l'uniformité des traitements ; on veut
donner à tous les mêmes outils, mais on oublie que
les gens sont tous différents. L'école n'arrive
pas à réduire les inégalités, mais
on constate partout que moins d'école se traduit toujours
par plus d'inégalités.
Quelle est la signification
d'intégrer : est-ce
permettre à l'individu de se construire, de devenir indépendant
ou est-ce le formater , le faire entrer dans le système
? L'école doit-elle former le citoyen ou le consommateur
? Elle doit permettre de construire des connaissances.. Rôle
de l'école dans la construction de la citoyenneté.
Eduquer, c'est aller au delà. On parle plus d'école
que d'éducation. Existence et rôle des mouvement
d'éducation populaire. Qui parle ici ? Si on veut une
éducation populaire, on doit s'exercer à la prise
de parole. Il n'existe pas de démocratie sans parole.
Les parents d'élèves
ont des difficultés à se situer par rapport à l'école
ils ont du mal à entrer dans l'école. Comment
siéger dans les conseils d'administration ? Problème
du rapport avec les enseignants ; il existe une frontière,
une ligne au-delà de laquelle il ne faut pas aller trop
loin. Il faut que les parents aient du temps libéré
pour venir en aide à leurs enfants.
Question d'orientation, souvent
négative. Et
de structures inadaptées. Le but du jeu est devenu de
faire passer le wagon ; il y a des élèves de troisième
qui passent en seconde avec 3 de moyenne. A Giono, dans la 40
AS, sur 15 élèves, 14 ne savent pas pourquoi ils
sont là, d'où une classe difficile malgré
un effectif réduit. Au LP Martin Bret, classe de troisième
" sans programme ". Pas de parents dans les conseils
d'administration des LP, probablement car il s'agit d'une orientation
ressentie comme non valorisante. Pourtant, les LP ont fait de
gros efforts au niveau pédagogie.
Quel lien entre l'école
et le monde du travail ?
L'école n'est-elle pas l'antichambre du monde du travail
? Les frustrations que l'on pouvait avoir à l'école,
ne les retrouve-t-on pas dans le monde du travail ?
Volte face de l'état
sur l'éducation prioritaire. Un 1981, discrimination positive, donner plus à
ceux qui ont moins. Coup d'arrêt en 1998 aux assises des
ZEP où, bien qu'on ait constaté que certains de
ceux qui avaient tout pour échouer réussissaient
quand même, on est passé d'une philosophie d'intégration
à une philosophie de ghettoïsation.
Dans notre département ( comme dans d'autres ) l'Aide à
l'Intégration Scolaire est insuffisante et devient une
variable d'ajustement. L'élève handicapé
est le grain de sable qui enraye la machine, c'est lui qui met
en échec le système ; il est le révélateur
des difficultés de l'école. Il oblige à
être inventif, créatif, à travailler en équipe.
La loi d'orientation de 75 à mis en place la prise en
compte du handicap en milieu scolaire ordinaire. C'est un cadre
législatif que l'on retrouve rarement dans le reste du
monde.
Une CLIS ( Classe d'Intégration
Scolaire ) oblige à changer les pratiques dans l'école
où elle est implantée. L'intégration en
milieu scolaire ordinaire existe (de façon certes insuffisante
) dans le premier degré, mais il reste énormément
à faire dans le second degré et dans le supérieur.
10 % de la population handicapés
; 3 % n'ont pas d'autonomie. La prise en charge des handicapés
n'existe que depuis l'après guerre ; forte demande des
famille. Il y a d'abord eu la prise en charge des enfants, puis
celle des adultes. Actuellement cette prise en charge se fait
par le biais d'associations a but non lucratif, porteuses d'une
vision humaniste ( à la différence par exemple
des personnes âgées : maisons de retraites, cliniques
à but commercial ).
Dans le département, elles
emploient 500 personnes soit 330 équivalents temps plein.
Le handicap est-il une marchandise
? Il y a de plus en plus
une opposition entre la logique humaniste et la logique économique.
Le handicap devient un marché potentiel : exemple du transport
des handicapés ou des Centres d'Aide par le Travail qui,
dès lors qu'il s deviennent compétitifs voient
arriver la concurrence.
La marchandisation de l'école
a toujours existé,
mais ce n'est que depuis 30 ans qu'on essaye de lutter contre.
Actuellement, irruption des théories néo-libérales
: l'éducation est un investissement qui coûte cher,
c'est à vous qu'il va profiter, donc, vous devez payer.
Effet de la mondialisation,
de l'AGCS : ouverture
de tous les marchés à la concurrence avec affectation
optimale des ressources. Les pays pauvres mettent l'argent où
il est le plus efficace pour eux, c'est à dire dans le
primaire ; leurs élites iront étudier à
l'étranger ou suivront en e-enseignement.
Mondialisation/uniformisation
du modèle éducatif ; on s'aligne sur le modèle du plus fort
et le plus fort, c'est Microsoft ( ex : ouverture d' universités
Microsoft dans certains ex pays de l'Est ). Exemple des ordinateurs
portables avec logiciels distribués par le Conseil Général
en classe de 4° dans les Bouches du Rhône. Mais il
n'existe pas de fatalité Microsoft : existence de logiciels
libres.
Marché de " l'angoisse
" : c'est ce que
le monde de l'édition ( en fait, il n'y a que deux maisons
qui se partagent le marché ) vend aux parents pour la
réussite de leurs enfants.
Nouveaux textes officiels
sur la gestion " managériale " des établissement.
Question de la fracture numérique. Importance grandissante des techniques
de l'information et de la communication ; mais est-ce toujours
les mêmes contenus qui sont véhiculés ?
On a beaucoup parlé
d'école briseuse d'individus, d'école de l'état ; on peut souhaiter
une école à l'écoute de chaque citoyen,
d'une école au service de la nation.
Mais le simple citoyen a-t-il
prise sur l'école ? Peut-il
intervenir, de façon individuelle ou concertée
?
Quels sont les lieux de réflexion,
de pouvoir, de décision ?
- Qui va décider, l'an
prochain, dans 5 ans, dans 10 ans de l'ouverture de 8 classes
ici, de la fermeture de 11 classes ailleurs ( ou le contraire
) dans notre département ?
- Qui va décider que la
ruralité dans notre département, ça passe
aussi par l'accueil des enfants de deux ans en maternelle pour
les familles qui le désirent ?
- Qui va décider de l'avenir
de l'aide à l'intégration scolaire, de l'enseignement
prioritaire ?
- Qui va décider que l'an
prochain, dans 5 ans, dans 10 ans, l'enseignement de l'espagnol
redeviendra normal au collège de Banon ; qui va décider
des établissements où l'on pourra enseigner l'allemand
?
- Qui va décider de la
construction d'un nouveau lycée ?
- Qui va décider que 36
élèves par classe en seconde, c'est une aberration
?
- Qui va décider, l'an
prochain, dans 5 ans, dans 10 ans de l'implantation à
Digne d'une première année d'enseignement supérieur
en lettres ou en langues ou en mathématiques ou en sciences
économiques ?
- Qui va décider de la
part de l'Education Nationale dans le budget de l'Etat ?
- Qui va décider que l'école
doit rester ou non un service public ?
- Qui va décider que l'école
est une marchandise ou pas ?
Une école au service
de la nation, mais la nation a-t-elle un projet, une ambition
pour l'école ?
D'ailleurs, qui a un projet pour l'école ? Le mouvement
social a-t-il un projet ? Les organisations syndicales ont-elles
un projet ? Les partis politiques ont-ils un projet ? Si projets
il y a, comment ont-ils été élaborés
? Sont-ils portés à la connaissance de tous et
surtout, y a-t-il, y aura-t-il un débat public sur ces
projets ?
Tout le monde parle de laïcité, d'une école de l'égalité
des chances, mais personne ne le décline de la même
façon. D'ailleurs, que signifie " égalité
des chances " dans une société de plus en
plus inégalitaire et qui génère de plus
en plus d'exclus.
Qui va décider de ce
que sera l'école ? Il
nous appartient de nous emparer fortement de cette question et
de ne surtout pas abandonner cet espace à la Commission
du Débat National sur l'Avenir de l'Ecole installée
ce 15 septembre par Monsieur Raffarin.
* Si vous souhaitez participer, faire part de réflexions, contributions,
questions à débattre, merci d'adresser un mail
aux animateurs de l'étape préparatoire à
la tenue de l'atelier ou a fsas-infos@ras.eu.org
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